Conférence au Parlement européen le 25 février 2026 – L’Union européenne appelée à jouer un rôle accru en Syrie en tant que garante de l’accord conclu le 29 janvier entre le gouvernement de transition syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS).
Par Emanuela Foti
Publié le 5 mars 2026
À la suite de l’adoption de la résolution concernant « la situation dans le nord-est de la Syrie, la violence à l’encontre des civils et la nécessité de maintenir un cessez-le-feu durable » le 12 février lors de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg, une autre étape importante a été franchie le 25 février, à Bruxelles, avec une conférence organisée au Parlement européen sur initiative de l’eurodéputée Evin Incir (S&D).
L’événement a notamment réuni autour d’une même table Îlham Ehmed, co-présidente du Département des affaires étrangères de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), Rohilat Efrîn, commandante des Unités de protection de la femme (YPJ), d’autres représentant·es de l’AANES et plusieurs eurodéputé·es.

© ANF – Des eurodéputé·es écoutent Îlham Ehmed et Rohilat Efrîn – Parlement européen, Bruxelles, 25 février 2026.
Parmi les points clés soulevés lors de la rencontre : le manque de sécurité sur l’ensemble du territoire syrien, affectant particulièrement les femmes au Rojava, dans un contexte où l’Isis continue de représenter une menace dans le pays. Îlham Ehmed a signalé le risque élevé d’attaques par le groupe islamiste.
« On a des accords, mais nous avons besoin de garanties. »
Un aspect dont il a été question est la situation concernant les centres de détention abritant des individus considérés comme proches de Daech.
L’évasion de certains détenus s’est produite avec la complicité de membres de l’armée syrienne, a affirmé la co-présidente. De plus, sur les raisons du retrait des forces kurdes, Îlham Ehmed et Rohilat Efrîn ont expliqué que le choix de se retirer a été motivé par la volonté de protéger la population civile et ont précisé que des forces étaient initialement restées sur le terrain pour continuer à surveiller les centres de détention, avant d’être finalement contraintes de se retirer par les attaques de l’armée syrienne.
La situation à Kobané a également été abordée. La ville continue d’être assiégée, et l’approvisionnement en eau a été bloqué lors de la prise du barrage de Tichrine, a-t-on expliqué.
Que peut faire concrètement, l’Union européenne, pour apporter son soutien ? C’est la question posée par l’eurodéputé Rudi Kennes (The Left). La nécessité de prendre des mesures concrètes afin de garantir le respect du droit international avait été mise en avant au début de la table ronde. « On a des accords, mais nous avons besoin de garanties » : ce sont les mots, paraphrasés, de la commandante Rohilat Efrîn. Cela devrait passer par la mise en place d’un mécanisme permettant de protéger les Kurdes et de garantir l’exécution de l’accord conclu entre le gouvernement de transition syrien et les FDS et annoncé le 30 janvier, a expliqué Îlham Ehmed. Elle a notamment suggéré la présence sur le terrain d’une commission pour monitorer l’exécution de l’accord jusqu’à la rédaction de la nouvelle constitution, et souligné l’importance d’une inscription des droits des Kurdes dans la charte constitutionnelle. Une reconnaissance à laquelle renvoie le point 5 de la résolution adoptée le 12 février en session plénière à Strasbourg par le Parlement européen. En outre, au point 1 du texte, le Parlement européen « invite les autorités syriennes à accorder un accès total et transparent à tous les organes compétents de l’Organisation des Nations unies, y compris la commission d’enquête internationale indépendante des Nations unies sur la République arabe syrienne ».
L’accord entre le gouvernement de transition syrien et les FDS prévoit un processus d’intégration des structures militaires, de sécurité et civiles de l’AANES, organisé en plusieurs phases. Des mesures concernant le domaine de l’éducation ainsi que le retour des personnes déplacées dans leurs villes et villages sont également incluses dans le texte.
L’Union européenne a été appelée à jouer son rôle en Syrie, non seulement par les deux représentantes de l’AANES, mais également par plusieurs eurodéputé·es ayant participé à la conférence. Aux questions adressées à Îlham Ehmed et à Rohilat Efrîn s’interposaient des mots de gratitude et de soutien à la population kurde, qui a joué un rôle crucial dans la lutte contre l’Isis et défendu un modèle politique fondé sur le respect de la diversité, sur la démocratie, sur la liberté des femmes. Un peuple qui a sacrifié sa vie pour nous protéger. Un peuple qui, comme l’a rappelé Îlham Ehmed, a lutté pour la défense des droits et se retrouve pourtant sans droits.
« un système décentralisé et démocratique »
Autre point saillant lors de l’échange : la référence à la nécessité de rendre l’aide de l’Union européenne en faveur de la reconstruction et de la consolidation de l’état en Syrie conditionnelle. C’est ce que l’on peut lire au point 14 de la résolution adoptée le 12 février par le Parlement européen, où celui-ci « réaffirme que l’aide de l’Union européenne et la suspension des sanctions sont conditionnelles et réversibles ». La notion de conditionnalité apparaît également au considérant L du texte, où l’on fait en outre référence au « respect des normes internationales en matière de protection des droits de l’homme ».
Beaucoup d’incertitudes et de difficultés persistent. Le rejet, par le gouvernement de transition syrien, du modèle démocratique prôné par l’AANES peut être vu comme un obstacle à un processus d’intégration juste et à la construction de la paix et de la démocratie en Syrie. La nécessité d’un système décentralisé et démocratique a été mise en avant par Îlham Ehmed, un modèle différent de ce que veut Damas, a-t-elle souligné.
Cet article se fonde sur l’écoute de l’interprétation simultanée vers l’anglais lors de l’événement.
