Table ronde au Parlement européen le 25 février 2026 pour faire le point sur le processus de paix en Turquie – « La Turquie et les Kurdes en dialogue : paix, réconciliation et démocratie ».
Par Emanuela Foti
Publié le 5 mars 2026
Quelques jours après l’adoption du rapport final de la « Commission pour la solidarité nationale, la fraternité et la démocratie » le 18 février, une table ronde sur le processus de paix en Turquie s’est tenue le 25 février au Parlement européen, à Bruxelles. L’événement a eu lieu dans la même salle qui venait d’accueillir une rencontre portant sur la Syrie, qui a vu notamment la participation d’Îlham Ehmed, co-présidente du Département des affaires étrangères de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), et de Rohilat Efrîn, commandante des Unités de protection de la femme (YPJ). Les deux conférences ont été organisées sur initiative de l’eurodéputée Evin Incir (S&D). Parmi les personnalités présentes, Mithat Sancar – représentant du Parti DEM (Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples), et membre de la délégation d’İmralı – d’autres représentant·es de partis politiques, et plusieurs eurodéputé·es.
Après avoir évoqué les différentes phases du processus de paix, dont l’appel d’Abdullah Öcalan du 27 février 2025 a été présenté comme l’étape la plus importante, Sancar a qualifié la dissolution du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) d’acte « révolutionnaire ». Sur le rapport de la Commission parlementaire, il a fait part de réserves exprimées par le Parti DEM. Un des points critiques évoqué par le représentant concerne le cadrage sécuritaire de la question kurde, construit sur la notion de « terrorisme ». En même temps, il a salué l’opportunité unique que l’instance parlementaire représente dans le processus en cours.
Sancar a également souligné la nécessité d’un cadre juridique qui puisse servir de base au processus politique. La dimension juridique a été présentée comme étant un élément fondamental pour permettre une paix durable. Des garanties sont notamment nécessaires, a expliqué Sancar, sur le désarmement, et plus précisément sur le statut des membres du PKK ainsi que sur les prisonniers politiques. Environ 10 000 à 12 000 personnes, a-t-il expliqué, auraient été emprisonnées ou traduites en justice en raison d’accusations de liens présumés au PKK.
L’autre idée clé du débat a été l’appel lancé au gouvernement turc pour qu’il fasse sa part. Un appel réitéré à plusieurs reprises et venant de différents membres du panel, dont l’eurodéputé Andreas Schieder (S&D), qui a pointé du doigt l’immobilisme des autorités turques face à l’appel au désarmement par Abdullah Öcalan, « un pas en avant considérable », celui-ci, « vers les négociations et la paix ». La question de la reprise du processus d’adhésion de la Turquie à l’UE a également été soulevée. Un tel processus permettrait de créer des conditions pour exercer une influence sur les autorités turques.
C’est justement sur la participation de pays tiers qu’a porté une des questions posées lors de la table ronde. Comme expliqué lors de la discussion, en 2013 l’inclusion de parties tierces avait été exclue tant par Öcalan que par la Turquie. En revanche, la participation au processus d’acteurs extérieurs a été saluée par Sancar. Selon lui, le processus de paix ne peut pas être laissé uniquement aux mains du gouvernement turc. Il a notamment mis l’accent sur l’importance du soutien de la part des organisations de la société civile.
Sur le rôle de l’Union européenne, l’eurodéputé Leoluca Orlando (Groupe des Verts) a proposé de demander à la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (HRAEPS), Kaja Kallas, de tenir une réunion spéciale sur la situation de la population kurde en Turquie et en Syrie, avec la participation des présidents syrien et turc. Deux jours avant, le 23 février, la haute représentante avait souligné la fragilité du cessez-le-feu en cours et la nécessité d’une coopération entre les parties pour parvenir à un gouvernement inclusif et à la réconciliation du pays. Elle avait en outre exprimé la volonté de l’UE d’apporter son soutien, selon ses possibilités.
Enfin, Sancar a également souligné que le processus de paix ne concerne pas uniquement la population kurde : c’est un processus crucial pour tout le Moyen-Orient, et doit être finalisé, si l’on veut atteindre la paix et la démocratie, deux notions intrinsèquement liées.
Cet article se fonde sur l’écoute de l’interprétation simultanée vers l’anglais lors de l’événement.

